0%

"Le magazine commence à la page 1 et se termine à la page 116. Il y a un début et une fin, une fois que c’est imprimé on ne peut pas le changer, c’est un cadre très précieux dans lequel travailler."

16 mai 2019
Take Care n°2
Take Care n°2

Dans Take Care, la mode est avant tout un sujet d’étude. Tout au long des 116 pages du magazine qui apporte autant d’attention au fond qu’à la forme, s’enchaînent articles de recherche, projets artistiques, éditos photos et reportages, tous avec la même obsession : explorer la mode sous toutes ses formes.
10 questions à  Aurore Mercadé, fondatrice et rédactrice en chef de Take Care.

Écouter notre podcast enregistré avec l'équipe de Take Care.  

Mai 2019 | Take Care

 

  1. Peux-tu te présenter ainsi que ton rôle dans Take Care ?

    Après des études d’art et de stylisme, je suis devenue designer pour des marques de prêt-à-porter et j’ai commencé à travailler dans des plus petites entreprises qui m’ont demandé de pas mal m‘adapter, j’ai donc appris sur le tas les métiers de chef de produit, directrice artistique, graphiste… C’est en travaillant dans la mode et en m’y intéressant de manière plus globale que j’ai commencé à réfléchir à l’éthique, à l’image, et à développer un regard critique.

    La mode a été et est toujours pour moi une façon de découvrir le monde, une sorte de prisme qui m’a permis d’appréhender les choses, une manière de voir, de s’exprimer et de se libérer. Et donc Take Care a été une suite logique, et j’en suis la rédactrice en chef et directrice de la création.

  2. Pourquoi avoir voulu créer Take Care ?

    Justement parce que j’avais envie de m’exprimer et de proposer un espace pour que d’autres puissent s’exprimer aussi. Publier un magazine est un acte très primaire finalement, mais dans le bon sens. Cela a presque été une impulsion pour moi. Les magazines de mode sont souvent créés par des stylistes, directeurs artistiques ou photographes assez connus et j’aimais bien l’idée que l’équipe de Take Care soit jeune et débutante. Pour moi un contenu n’est pas plus intéressant parce qu’il a été créé par quelqu’un de connu ou qui a trente ans d’expérience. Le début, le tâtonnement a le droit d’être visible et d’être beau aussi.

    “ Pour moi un contenu n’est pas plus intéressant parce qu’il a été créé par quelqu’un de connu ou qui a trente ans d’expérience. Le début a le droit d’être visible et d’être beau aussi. ”

  3. Peux-tu nous présenter le numéro 2 et ses contributeurs ?

    Alors, les deux éditos photos ont été réalisés par les photographes Sasha Marro
    et Charlotte Robin. Puis il y a entre autres un essai écrit par Emma Collins “Fashion, Emotion and Memory”, un texte de recherche sur le voile écrit par Rezvan Farsijani, un reportage photo de Mathieu Richer, les recherches de Lucille Thièvre…

  4. Take care mélange des contenus assez variés, comment arrivez-vous à les faire cohabiter ?

    Ce n°2 est plus hétérogène que le premier dans le sens où on mixe volontairement beaucoup d’univers différents. Le travail de Marine Armandin, qui créé une pièce de théâtre à partir de performances et celui de Maxime Leyvastre, photographe qui s’intéresse aux illusions d’optique sont visuellement assez opposés. Il faut un risque sinon cela ne vaut pas le coup. Le but n’est pas simplement de publier des jolies photos.

  5. Quels sont les contenus du numéro dont tu es la plus satisfaite ?

    On travaille étroitement avec les contributeurs pour créer un contenu dont on
    est fiers donc honnêtement je les adore tous. Je trouve la contribution de Lucille Thièvre, qui écrit et montre la création de sa première collection de prêt-à-porter assez inédite et intime. Et j’ai aussi une affection pour les travaux de Marina Damjanovic et Marine Armandin qui exposent des recherches. Finalement tous les contenus de ce numéro évoquent la recherche, cela pourrait être le thème de ce numéro.
    J’aime beaucoup l’idée de publier des choses en cours et non une finalité comme une image encadrée prête à être montrée.

    J’aime beaucoup l’idée de publier des choses en cours et non une finalité comme une image encadrée prête à être montrée.

  6. Peux-tu nous présenter l’équipe du magazine et comment vous êtes organisés ?

    Notre équipe est composée de PanamA5, studio de graphisme fondé par Carmen Badolian et Paul de St Germain qui créé toute la maquette et travaille avec moi la direction artistique, Khaoula Zouine qui a le rôle de consultante éditoriale et avec qui nous travaillons à la sélection des auteurs, à la réécriture et relecture. Quant à moi je m’occupe du choix des contributeurs, de la direction de création ainsi que des éditos mode.

  7. Pourquoi avoir choisi de faire un magazine papier ?

    C’est intéressant car ce n’est vraiment pas une question que je me pose. Je me demande plus : “ comment mettre en valeur ce contenu : ces photographes, ces artistes ou ces textes ? ” et je ne pense pas qu’il y ait mieux qu’un magazine pour cela. Le magazine commence à la page 1 et se termine à la page 116. Il y a un début et une fin, une fois que c’est imprimé on ne peut pas le changer, c’est un cadre très précieux dans lequel travailler.

  8. Quel est ton regard sur la presse magazine indépendante ?

    Je suis vraiment une grande supportrice de cette presse. J’admire tous ces magazines ainsi que les gens qui en sont à l’origine et qui se débrouillent tous les jours pour continuer à faire vivre ces projets. Je suis heureuse de vivre dans un monde où la presse peut encore être indépendante.

  9. Quels sont les projets futurs pour Take Care ?

    Nous préparons actuellement un événement qui aura lieu dans les prochaines semaines mais je ne peux pas en dire plus pour le moment. Un n°3 est déjà en cours et sortira à la rentrée 2019 !

  10. Pour finir, quel est d’après toi le rôle d’un magazine de mode indépendant à une époque où les marques et les annonceurs ont de plus en plus de poids dans la presse traditionnelle ?

    Je pense que chaque magazine a un rôle et une éthique qu’il doit définir lui-même. Qu’il soit 100% indépendant ou non. Il est plus facile de défendre des valeurs et un point de vue quand la pub n’est pas omniprésente dans une publication. Mais je vois pas mal de magazines qui arrivent à collaborer de manière intéressante et intelligente avec les annonceurs aujourd’hui.