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"C'est peut-être paradoxal quand on parle d'Internet et du numérique, mais le papier apporte un confort. Sur Internet, il y a parfois une tendance à remplir un puits sans fond, à ne jamais s'arrêter."

20 septembre 2019
Nichons-nous dans l’Internet n°9
Nichons-nous dans l’Internet n°9

“ Imprimer Internet avant que ça ne s’arrête ” est la devise de Nichons-nous dans l’Internet. Le magazine, publié depuis 2013 s’attèle à décrypter les usages passés et présents d’Internet et à les “ archiver ” sur papier. Le tout associé à une esthétique pointue et des interventions de nombreux artistes donne un résultat souvent fascinant et toujours intéressant.
10 questions à Alexandre Léchenet fondateur et directeur éditorial de Nichons-nous dans l’Internet.

Écouter notre podcast enregistré avec l'équipe de Nichons-nous dans l'Internet  

Septembre 2019 | Nichons-nous dans l'Internet
  1. Peux-tu te présenter ainsi que ton rôle dans Nichons-nous dans l’Internet ?

    Je suis responsable des textes qu’on publie dans Nichons-nous dans l’Internet. Pour que tout le monde soit directeur et directrice, on a appelé ça “directeur éditorial ”. J’essaie de trouver des idées de sujets, d’interviews, de thématiques qui pourraient être dans les pages du magazine. Ensuite, je retravaille les textes et parfois j’aide à les adapter et je travaille aussi avec nos traducteurs (la revue est bilingue français/anglais).

  2. Pourquoi avoir voulu créer Nichons-nous dans l’Internet ?

    Avec Julien Achard – qui est aussi cofondateur de Cahier Central – et Enora Denis, on avait un projet ensemble pendant la campagne présidentielle de 2012 et on voulait continuer à travailler ensemble. Plutôt que la politique ou les élections, on a choisi de se concentrer sur un thème qui nous rassemblait : Internet. On a lancé un crowdfunding qui a marché et nous a permis de démarrer et de continuer depuis à imprimer Internet. .

  3. Peux-tu nous présenter l’équipe du magazine et comment vous êtes organisés ?

    Nous ne sommes que quatre permanents dans l’équipe. Beaucoup de gens ont l’air de penser que nous sommes plus,
    mais en fait, c’est une petite équipe. Il y a deux directrices artistiques, Enora Denis et Gwendolyne Röttger, qui font une veille super pointue sur les projets artistiques et les illustrations qu’on propose dans Nichons-nous dans l’Internet. Elles s’occupent aussi de la maquette. Je gère les textes plus spécifiquement. Et il y a Julien Achard qui gère nos relations avec les imprimeurs, distributeurs, librairies, les événements…
    Mais beaucoup du travail est le fruit de nos discussions à quatre, en ligne ou hors-ligne et chacun donne son avis sur le rendu final !

  4. Peux-tu nous décrire le numéro 9 ?

    Le numéro est, comme tous les autres, et comme Internet : plutôt éclectique. On parle aussi bien de projets de pointe, comme Jeroen van Loon qui est la première personne à avoir vendu son ADN, d’histoire avec un retour sur les combats contre la pollution dans la Silicon Valley que de projets plus légers comme un édito photo autour des horoscopes. La couverture, par Julian Song, est assez chouette avec une esthétique très “startup nation”. Et j’ai plongé dans une histoire d’Internet qui me fascine : la Million Dollar Homepage, lancée en 2005 par un étudiant anglais qui a vendu un million de pixel à un dollar le pixel.

  5. Quels sont les contenus que vous avez publié dont tu es le plus fier ?

    Sur neuf numéros, on a abordé de nombreux sujets différents, et c’est peut-être ça dont je suis le plus fier : arriver à récréer le joyeux fatras qu’est Internet. Il y a des artistes qui ont figuré dans nos pages et suivent aujourd’hui un beau parcours. Notre point de vue est parfois un peu trop “français”, mais on essaie de corriger ça à chaque numéro. Je suis aussi fier du travail qu’on fait par rapport à l’art numérique : je suis impressionné par ces artistes qui nous font réfléchir aux limites de tous les outils technologiques avec des œuvres belles ou stupéfiantes et on essaie d’en faire découvrir régulièrement.

  6. Pourquoi avoir choisi de faire un magazine papier ?

    C’est peut-être paradoxal quand on parle d’Internet et du numérique, mais le papier apporte un confort. Sur Internet, il y a parfois une tendance à remplir un puits sans fond, à ne jamais s’arrêter. Le papier permet de prendre un peu de recul, d’être face à un espace fini, et permet aussi beaucoup plus en terme de graphisme, sans se soucier de la lecture sur mobile et sur grand écran.

    “Il y a un travail phénoménal fait par des activistes-archivistes. Et nous, on prend notre part en tentant d’imprimer des bouts d’Internet.”

  7. Votre devise est “Imprimer internet avant que ça ne s’arrête” peux-tu en dire un peu plus ?

    Peut-être que c’est un peu moins le cas maintenant, mais quand on a lancé la revue en 2013, il y avait encore parfois des discours autour de la fin d’Internet, du fait que c’était passager, que ça ne marcherait jamais. On se moquait un peu de ces discours en disant qu’on allait fixer Internet sur du papier, au cas où Internet s’arrête. Et puis la blague s’est un peu retournée contre nous. Internet est multiple et s’arrête régulièrement. Je pense à Geocities, qui a été coupé par Yahoo en 2009, faisant disparaître des tonnes de sites amateurs. Tumblr change plus souvent d’actionnaire que de logo, sans que son avenir soit sûr, après avoir été un creuset de créativité. Ou encore les sites en Flash, qui ne sont plus visibles facilement sur de nombreux navigateurs. Il y a un travail phénoménal fait par des activistes-archivistes. Et nous, on prend notre part en tentant d’imprimer des bouts d’Internet.

  8. Quel est ton regard sur la presse magazine indépendante ?

    Le foisonnement de la presse magazine est agréable à regarder et on découvre toujours des pépites. Je pense qu’il faut aussi lier ça à la tradition des fanzines, qui ont souvent été un moyen pour les voix les moins entendues de parler.

  9. Quels sont les projets futurs pour Nichons-nous dans l’Internet ?

    Pour l’instant, le projet c’est le numéro 10. On essaie de marquer le coup. Pour la suite, on réfléchit ! On aimerait bien s’exprimer sous d’autres formes. On a déjà fait quelques soirées événements, avec des mini-conférences ou des performances et c’est intéressant à refaire. Peut-être une exposition ou des conférences, l’idée d’étendre ce que l’on fait autours du magazine nous intéresse.

  10. Pour finir, si tu ne devais sauvegarder qu’un seul site internet, ce serait lequel ?

    Je crois que si on gardait Wikipedia, ça permettrait de passer de beaux moments. Entre le contenu des articles, les discussions
    qui y sont liées et les pages des contributeurs et contributrices…