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"Je ne veux pas lire de recette, je veux manger un plat."

19 juillet 2019
Club Sandwich n°3
Club Sandwich n°3

Club Sandwich est une revue monothématique qui étudie en profondeur un aliment à chaque numéro. De l’art contemporain à la politique en passant par la sociologie, tous les angles sont abordés.
10 questions à Anna Broujean fondatrice et directrice artistique de Club Sandwich.

Écouter notre podcast enregistré avec l'équipe de Club Sandwich  

Juillet 2019 | Club Sandwich
  1. Peux-tu te présenter ainsi que ton rôle dans Club Sandwich ?

    J’ai plein de casquettes mais je suis, entre autres, artiste plasticienne, diplômée de l’École Nationale Supérieure de la Photographie. Je suis rédactrice en chef et directrice artistique de Club Sandwich et je m’occupe globalement de tout ce qui touche à la vie du magazine.

  2. Pourquoi avoir voulu créer Club Sandwich ?

    Je suis passionnée par la culture de l’alimentation et j’avais l’impression qu’il manquait quelque chose dans le paysage médiatique : on trouve soit des revues, très bien faites par ailleurs, autour de chefs, de recettes… soit des ouvrages théoriques hyper pointus mais pas vraiment d’entre-deux. Je m’étais beaucoup intéressée à l’édition lors de mes études à l’ENSP et j’ai fait un stage en fabrication de beaux livres chez Actes Sud à Arles ; après mon diplôme, j’ai eu envie de créer un beau magazine papier au long cours qui traite théoriquement d’alimentation tout en étant décalé, coloré, pop…

  3. Peux-tu nous présenter le numéro 3 ?

    Club Sandwich est une revue monothématique : un aliment à chaque numéro. Après l’œuf et le champignon dans les numéros 1 et 2, on s’attaque pour celui-ci au cornichon. Comme toujours, on a des articles très anglés, couvrant des champs divers, de l’ethnologie au design industriel en passant par le féminisme ou la pop culture. En plus des œuvres représentant des cornichons dans l’histoire de l’art, j’ai commandé des pièces à une trentaine d’artistes. C’est un numéro très riche tout en restant léger et fun : parfait pour l’apéro !

  4. Quels sont les contenus du numéro dont tu es la plus satisfaite ?

    On essaye toujours de proposer des articles étonnants. Je suis très fière des articles de Leïla Boutaam ; elle part du cornichon mais entraîne vers des interrogations plus larges. Par exemple : pourquoi l’Homme a un jour décidé de potentiellement mettre en péril une partie de ses réserves pour prolonger  la durée de consommation de ses vivres, comment cela s’est mis en place et pourquoi on continue aujourd’hui d’utiliser ces méthodes de consommation alors qu’on a des frigos. Je trouve ça fascinant.

  5. Peux-tu nous présenter l’équipe du magazine et comment vous êtes organisés ?

    Je gère la majeure partie du magazine, je suis rédactrice en chef, directrice artistique, graphiste et un peu tout le reste. Leïla Boutaam élabore avec moi la ligne éditoriale et Marie Saraiva complète le comité rédactionnel. Je travaille sur chaque numéro avec une vingtaine d’auteurs et une cinquantaine d’artistes.

    “Le papier était une nécessité pour Club Sandwich parce qu’il s’agit d’une anthologie qui doit exister en cercle fermé.”

  6. Pourquoi avoir choisi de faire un magazine papier ?

    Il me semble que c’est un engagement que chaque éditeur doit prendre en rapport à la cohérence de son projet, à la ligne éditoriale etc. Le papier était une nécessité pour Club Sandwich parce qu’il s’agit d’une anthologie qui doit exister en cercle fermé : on plonge dans un univers monothématique, il fallait le limiter, le clôturer. J’ai créé le magazine comme une expérience visuelle : chaque article à son propre graphisme, qui répond à l’œuvre artistique qui l’accompagne. On propose également des textes longs et le papier me semble plus propice à ce genre de formats que l’écran.

  7. La cuisine et la nourriture sont des sujets très présents dans les médias en ce moment, comment analyses-tu cette mode ?

    Plusieurs facteurs entrent sans doute en compte : il y a d’abord une prise de conscience globale autour de nos modes de consommation, un positionnement éthique et écologique, qui, depuis quelques années, nous pousse à être plus vigilants sur ce que l’on mange. L’aspect très visuel de la nourriture, des beaux plats, des beaux produits, cette pulsion scopique qu’on retrouve dans l’imagerie de mode aussi, explique l’engouement pour ce genre de médias. C’est quelque chose qui me dépasse, je l’avoue : je ne veux pas lire de recette, je veux manger un plat. Club Sandwich envisage l’alimentation comme un champ théorique. Je voulais prendre un objet d’étude transversal et multifacette pour avoir la liberté de passer d’un article scientifique à un article politique sans être hors sujet. L’idée était également visuelle : la variation infinie du même objet, sur 160 pages. Au final, je décrirais plutôt Club Sandwich comme une revue de sciences sociales, même si les libraires aiment bien ranger le magazine rayon “food”.

    “Les magazines sur les femmes guitaristes, les passionnés de parking, les jumeaux ou les collectionneurs de cactus, je trouve ça génial.”

  8. Quel est ton regard sur la presse magazine indépendante ?

    C’est un outil de représentation incroyable : on a maintenant la place et la liberté de faire des publications de niche qui trouveront leur public grâce à Internet. Je suis ultra friande de ce genre de revues et des communautés qu’elles fédèrent : des magazines sur les femmes guitaristes, les passionnés de parking, les jumeaux ou les collectionneurs de cactus par exemple, je trouve ça génial. Les modèles autour de cette presse indépendante sont encore à inventer, à structurer, mais des initiatives voient déjà le jour et c’est très encourageant. La diversité est toujours une bonne chose !

  9. Quels sont les projets futurs pour Club Sandwich ?

    On travaille sur un gros numéro sur le chocolat, qui sortira l’année prochaine. Avant ça, je suis en train de préparer un hors-série et un calendrier, mais je garde les thèmes encore un peu secret..

  10. Pour finir, quel est ton aliment favori ?

    L’aubergine !